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Web la-grece.com

Quelle Grèce?
Texte et photographies de Nicolas Toulas

L'Acropole d'Athènes
vue de l'Aréopage (Tribunal des Athéniens).
Ce terme aujourd'hui désigne la Cour de Cassation grecque





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De quelle Grèce parler ?

Celle des archéologues, des historiens, des philosophes, des savants, des tragédiens, des architectes, des stratèges, des poètes, des héros, des orateurs, des artistes, des conquérants, des explorateurs, des Pères de l’Eglise? Parler des îles, des montagnes, de la mer, du commerce maritime, ou tout simplement de la Grèce des touristes, des beach bars, des tavernes et du bouzouki, des sèches farcies à la féta et autres hors-d’œuvres arrosés d’ouzo ou de vin résiné ?

Parler du Grec moyen ou de la Grèce d'en bas, pour employer des termes d’actualité, du père de famille exerçant deux métiers, voire plus, pour ne pas complètement crouler sous les dettes inévitables que lui impose le train de vie actuel ? Il n’est pas étonnant que ce soit le premier pays d’Europe à déclencher une opération de boycottage, une journée « achat zéro », en réaction à la hausse excessive des prix, chez les commerçants et dans les supermarchés, provoquée par l’arrivée de l’Euro.
Dans l'Agora, aux pieds de l'Acropole,
deux civilisations grecques se côtoient :

l'antique et la byzantine.

Les Grecs, jalonneurs de notre culture

Nous avons hérité de leurs inventions, leurs découvertes, de leurs institutions, de leur langue, de leurs principes devenus universels : la science, la philosophie, l’organisation de la société en un système démocratique, la justice et les lois, l’égalité, la santé morale et physique, le beau, la rhétorique, le dialogue, l’art, la littérature, la fraternisation des peuples, les fêtes et jeux à la place des conflits, le respect des différences et des religions etc. Bien que ces principes n’aient pas toujours été appliqués dans la Grèce antique, ils représentaient, comme c’est encore le cas aujourd’hui, les véritables valeurs du monde civilisé.

Au fait, Grèce, depuis quand ?

La Grèce est grecque, ou plutôt l'Hellade est hellénique, depuis que des habitants de plusieurs régions, villes et îles parlant la même langue et ayant les mêmes dieux finirent par former la "nation" grecque. Une date ? Prenons une vraie, une grande date, celle du premier grand monument de l’histoire de la littérature occidentale, l’Iliade et l’Odyssée, il y a plus de 3000 ans.

Ces épopées ne sont-elles pas le reflet d’une culture, l’image de tout un peuple passionné d’aventures et d’exploits ? Il aimait se réunir et venait parfois de très loin, de plusieurs endroits de la péninsule hellénique, des îles de la mer Egée, de la mer Ionienne – d’ Ionie d’où, dit-on, Homère serait originaire – pour écouter ces extraordinaires récits, dits en une langue comprise par tout cet auditoire.

Les Grecs, depuis les temps homériques, avaient pris conscience de leur appartenance à une même identité. D’un côté, il y avait le monde grec et de l’autre, celui des "barbares", mot désignant l’étranger, sans nuance péjorative et certainement d’origine onomatopéïque : barbarbar…, sons que les Grecs devaient émettre pour imiter un parler incompréhensible. Les grecs d’aujourd’hui disent "bourbourbour" pour qualifier un langage volubile et saoulant.

Un autre événement, tout aussi exceptionnel que la poésie d’Homère, fut la création des jeux olympiques, en 776 avant J.C.
Les cités grecques, sans cesse en conflits pour la conquête du pouvoir, décident de faire une trêve tous les quatre ans, qui sera célébrée, non pas par des jeux violents, par des combats impitoyables, par des spectacles de tueries, comme ce sera le cas quelques siècles plus tard dans les arènes romaines, mais par des concours athlétiques et artistiques. Ces fêtes ne réunissaient que les cités de culture hellène.
La Grèce était déjà née.

2004 après J.C., la Grèce rassemble encore les cités, aujourd'hui celles du monde entier, et cette année les olympiades reviennent là où ils ont vu le jour et ce n'est pas une tâche facile pour un petit pays où tout était à faire pour accueillir des Jeux d'une telle ampleur, et les critiques du monde entier ne l'ont pas épargné : travaux en retard, manque d'infrastructures, sécurité des travailleurs négligée...

Lors d'une émission consacrée à l'Euro 2004, la Grèce venant d'éliminer la France, un journaliste français sans doute mécontent de voir son pays battu, a dit, après avoir quelque peu hésité, que la capitale grecque est un immense... "bordel", en faisant allusion aux travaux olympiques. Mais peut-on faire d'omelette sans casser des oeufs ? N'aurait-il pas été plus juste, du moins plus élégant de dire que finalement Athènes est un immense chantier ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. A ce "foutoir" très lucratif participent nombre d'entreprises européennes et aussi françaises, car ce que la plupart des européens ne savent pas c'est que les travaux titanesques que la Grèce réalise en ce moment ne concernent pas seulement les constructions d'infrastructures sportives. La Grèce, contrairement aux autres pays qui ont accueilli les Jeux Olympiques et dont la plupart étaient des puissances économiques (Atlanta, Sidney, Séoul, Tokyo, munich, Moscou, Rome etc.) a dû, elle, tout construire. En quelques années elle s'est vue dotée d'un aéroport international, d'un métro, d'un tram, d'un pont gigantesque, reliant le Péloponèse à la Grèce centrale, le plus grand d'Europe dit-on (autre grand "foutoir" dont les français sont les maîtres d'ouvrage), d'autoroutes, dont il a fallu creuser des dizaines de tunnels dans les montagnes d'Epire et de Macédoine (encore un immense "bordel" auquel des entreprises françaises participent), la ligne ferroviaire nord-sud pour supporter le futur train à grande vitesse (TGV français ?), le métro de Thessalonique, autre grand chantier convoité par la firme Bouygues...

Cet effort conjugué de tout un peuple, petit mais déterminé, est bien un défi lancé à lui-même et il est conscient du poids des difficultés, tel Héraclès réalisant ses exploits surhumains.

Les Grecs voudraient donner au monde une autre image des jeux, mettre davantage en valeur ce qu'ils considèrent être le vrai sens de l'idée olympique, symbolisée par cette flamme qui a fait le tour du monde avant de regagner la Grèce : elle nous dit depuis les tout premiers jeux gymniques d'Olympie que l'Homme doit se livrer à corps et âme à servir le beau et le bien plutôt qu'à faire la guerre.

La langue grecque

L'histoire de la Grèce est presque aussi ancienne que sa langue; cet outil formidable qui servira à scruter le monde et le plus profond de l’âme humaine. Les mots conduiront la pensée vers des espaces jusque là inexplorés, vers de nouveaux questionnements au point que certains douteront de l'existence des dieux. Socrate y mourra d’avoir trop parlé, trop joué avec les mots, qui pourtant étaient les seuls à tenter de pénétrer les secrets du monde.
Galilée, lui, a préféré l’abjuration, pour échapper à la condamnation, bien qu’il fût convaincu de la véracité de sa découverte, certes, faite grâce à l’utilisation d’un autre instrument que la dialectique, mais finalement pas moins convaincant que cette dernière.
Leurs affirmations s’opposaient à toute idée établie, aux dogmes théocratiques. Scruter le monde à l’aide d’une lunette astronomique ou de l’argumentation, l’objectif est le même, celui de parvenir à la vérité par la pensée libre, la recherche et l’expérimentation scientifique. C’est cela l’héritage de la Grèce.

Un des nombreux « miracles » de ce pays est que la langue d’Homère n'est pas morte, – contrairement au latin, qui a subi une coupure linguistique importante – il y a continuité avec le grec moderne; la grammaire a évolué, le vocabulaire a été enrichi de divers emprunts certes, mais la base de la langue reste la même. Un Grec (lettré) d’aujourd’hui lit et comprend le sens d’un texte classique, écrit il y a plus de 2500 ans.

On trouve chez Homère des mots ayant la même signification en grec moderne et s’écrivant de la même façon, comme l’adverbe "Lipon" (alors), encore sur les lèvres de tous les grecs.

La Grèce, un livre à ciel ouvert

L’histoire, les traditions sont omniprésentes dans ce pays. On les rencontre le long d’une route, sur le flanc d’une montagne, au sommet d’un rocher.

C’est là que nous avons appris à lire, à écrire et à compter, c’est notre école que l’on vient parfois revoir par nostalgie, pour se rappeler nos bons vieux maîtres, Platon, Aristote, Pythagore, Archimède, les activités théâtre avec Aristophane, Eschyle, Sophocle, Euripide. Se souvenir aussi des séances du portraitiste Phidias qui venait tous les ans à la même époque nous "tailler un buste", sentir à nouveau l’odeur de l’infirmerie d’Hippocrate où l’on se faisait panser nos petits bobos…

Dans cette école on rencontrait aussi des individus aux drôles de mœurs, mais jamais méchants avec les enfants, comme un certain Silène. Un autre, nommé Diogène, venant d’une étrange école, dite Cynique, aimait provoquer ses concitoyens. Un jour, alors qu’il faisait un soleil radieux, tenant une lanterne à la main et passant devant une foule de personnes, il s’écriait : " je cherche un homme!". Une autre fois, dans la cour de récréation, nous voyant boire dans le creux de nos mains, il jeta son écuelle par terre, en nous disant: "Vous venez de m’apprendre que je conserve encore du superflu."
Que de souvenirs !

Hérodote, le père des historiens, est le premier à parler du passé de la Grèce qui avait déjà une histoire, comme beaucoup d’autres grandes civilisations, mais à cette différence que la Grèce avait une mémoire attestée par un nombre important d’ouvrages écrits en une langue déjà riche, elle aussi, de plusieurs siècles de maturation.
Historien et l’un des premiers prosateurs de l’histoire, Hérodote n’a pas seulement voyagé dans les limites du monde grec, il est allé bien plus loin, tel un globetrotter, un routard (éclairé), en rapportant des témoignages précieux, dignes des meilleurs guides actuels.

Place Syntagma (constitution),
Garde Républicaine (Euzones),
tombe du soldat inconnu et la Boulè
(Parlement grec).

Les guides et les sites internet sur la Grèce ne manquent pas aujourd’hui. On peut en citer quelques-uns, francophones, dont un qui a reçu une distinction de la main du président de la République hellénique : www.info-grece.com, on y trouve toutes les informations principales sur la Grèce et un annuaire complet sur la présence hellène en France (ce site est malheureusement fermé aujourd'hui).
Site original avec beaucoup de liens sur la Grèce : http://hellada.free.fr .
Le site officiel de l’Ambassade de Grèce en France: www.amb-grece.fr.
Et
bien-sûr: www.la-grece.com, lieu de rencontres et d'échanges d'internautes épris de la Grèce.

Il y a le ciel, le soleil et la mer, mais aussi…

La Grèce des touristes : juin, juillet, août, septembre. Ils débarquent en avion, à Athènes pour la plupart, visitent la capitale : le rocher sacré, les musées, le vieil Athènes appelé Plaka, (le Montmartre athénien) où Greek dances, Greek art et Greek salad and souvlaki rythment leur quotidien.

Puis, embarquement pour les îles. Et il y en a ! (Plus de 2000 dont 170 habitées). Celles des Cyclades, la Crète, Rhodes, l’Eptanèse… Direction la mer, le sable, le soleil, les maisons blanches, les ouzeries, la techno et les dj, et les pistes de syrtaki pour apprendre la danse, épaulé par d' "authentiques" Zorbas.

Le paysage ressemble à celui de l’affiche, placé dans la vitrine d’une agence de voyage, avenue de l’Opéra à Paris, et parfois, il est encore plus accueillant et plus beau en vrai.
C'est la première image qu'on la plupart des touristes avant de débarquer en Grèce et la seule image aussi que, malheureusement, ils gardent, après l'avoir quittée. Mais beaucoup reviennent car ils ont eu le sentiment que les regards se sont croisés trop vite, que les notes de musique et les parfums sont trop volumineux pour les transporter en un seul voyage...

Sieste pour les uns,
visite guidée pour les autres

Que faut-il voir en Grèce ?

Après l’incontournable capitale et son Acropole, la direction à prendre dépendra de ce que vous voulez faire. Quelle que soit la route que vous prendrez, vous croiserez toujours de vieilles pierres, un lieu qui porte encore la trace, plus ou moins visible, d’un passé illustre.

Quels sont ces lieux et pourquoi sont-ils si prestigieux ?
La liste serait trop longue à énumérer, il suffit pour cela de consulter un bon guide. La référence pour la Grèce reste le Guide bleu, mais il y en a bien d’autres, tous aussi intéressants : La vie en Grèce de Françoise Huart (Guides-Contacts), Le grand guide de la Grèce (Gallimard), Les Grecs d’aujourd’hui de Vassilis Alexakis (Balland), Grèce, Les Guides Verts Michelin, mais aussi des centaines d'autres publications : Le colosse de Maroussi d’Henry Miller, L’été grec de Jacques Lacarrière, Grèce, un théâtre d’ombres de la collection Autrement, Pourquoi la Grèce de Jacqueline de Romilly, etc. pour ne citer que quelques uns.

Les Thermopyles et Marathon

Lieu prestigieux ne rime pas forcément avec merveilleux.
Marathon est aujourd’hui, une bourgade des plus ordinaires en Grèce, les Thermopyles ne sont plus un défilé; la mer s’étant retirée, elle a laissé la place à une plaine, traversée aujourd’hui par l’autoroute.

Cet illustre épisode des guerres médiques, la bataille des Thermopyles où Perses et Grecs ont livré bataille est un événement historique important pas seulement pour le sort des Grecs mais pour les civilisations occidentales qui suivront. Les Grecs coalisés décident d'envoyer une troupe d'élites de 300 spartiates sous les ordres du stratège Léonidas, pour ralentir la progression de l'immense armée perse décidée à envahir Athènes. Ils ont vaillamment résistés plusieurs jours durant à l'assaut des troupes perses ce qui laissa le temps à Athènes de mettre en place un plan défensif. L'armée perse est battue à Marathon et sa flotte anéantie à Salamine. Un soldat à couru les 42 km qui séparent Marathon de la ville d'Athènes pour annoncer la victoire aux athéniens (d'où l'épreuve de marathon en athlétisme). Sans la résistance des spartiates aux Thermopyles la civilisation athénienne serait morte et le monde n'aurait jamais connu la démocratie, le Parthenon, l'art, le théâtre, la tragédie, la philosophie, les sciences, le siècle de Périclès... Sans les Thermopyles qui incarnent la résistance, le combat pour la liberté, quelle aurait été notre civilisation aujourd'hui ? Tout ca pour dire que la vie est faite de plein de Thermopyles, à nous de résister pour ne pas perdre les vrais valeurs de notre civilisation, pour donner du sens à notre vie.

Mais il y a des lieux qui, de nos jours encore, font l’admiration d’une foule de visiteurs qui se déplacent parfois de très loin pour contempler la beauté du paysage, liée à celle de l’architecture des monuments.
Parmi ces sites, Épidaure, Mycènes, Tirynthe en Argolide et Delphes situé sur une pente du Mont Parnasse, en Phocide, pour ne parler que des plus connus et visités.

Il y a, certes, beaucoup de choses à voir en Grèce, mais les touristes ne viennent pas seulement pour ses sites archéologiques, aussi impressionnants soient-ils, ni même uniquement pour la beauté de ses paysages. Ils veulent tout simplement profiter du soleil et de la mer, et cela tombe bien, car en Grèce, il y en a à profusion.

La Grèce n’a pas de pétrole ni d’industrie automobile, mais elle dispose d’un immense centre de thalassothérapie, de plusieurs milliers de kilomètres de long, où les séances d’u.v. sont gracieusement offertes par la maison ainsi que le verre d'eau toujours présent à votre table, que vous consommiez ou pas.

Nicolas Toulas