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Conçu vers 350 avant J.C dans le Nord-Est du Péloponnèse, le théâtre grec antique d’Epidaure est doté d’une acoustique remarquable, qui fait sa réputation. Les spectateurs assis au dernier rang de ce théâtre, doté d’une capacité d’accueil de 14000 personnes, peuvent en effet entendre très distinctement les paroles d’un acteur situé sur la scène à une distance de près de 60 mètres !
Pour Nico Declercq et Cindy Dekeyser, du Georgia Institute of Technology, à Atlanta (USA), la qualité acoustique du théâtre d’Epidaure serait liée à la disposition de ses rangées de sièges. D’après leurs calculs, la succession périodique des marches du théâtre serait géométriquement optimisée pour filtrer les basses fréquences, composante principale du bruit de fond qui masque généralement le son perçu loin de la scène, tout en préservant les hautes fréquences provenant de la voix des acteurs. L’agencement particulier des gradins permettrait ainsi d’atténuer les fréquences inférieures à 500 Hz au profit des fréquences plus élevées.
D’après les chercheurs, le bruit de fond du théâtre d’Epidaure était vraisemblablement dominé par des basses fréquences telles que le bruissement des arbres ou le brouhaha de spectateurs distraits. Le fait de filtrer ces basses fréquences améliorait l’audibilité de la voix des artistes, riches en hautes fréquences. Comme l’explique Declercq « La fréquence de coupure est juste là où il faut pour éliminer le bruit de fond que l’on avait sans doute dans cet amphithéâtre à l’époque ».
Le chercheur souligne cependant que la présence de spectateurs assis modifie cet effet acoustique de manière bien plus difficilement prévisible. En effet, le corps humain, non homogène, répercute les ondes sonores différemment suivant la silhouette de chaque spectateur.
L’élimination des basses fréquences s’applique aussi bien au bruit de fond qu’aux voix graves des acteurs. Ceci ne constituerait cependant pas un problème majeur car le système auditif humain est capable de reconstituer les basses fréquences manquantes. S’appuyant sur un phénomène neurologique, le cerveau humain va reconstruire la source sonore, pour le plus grand plaisir du spectateur !
A l’heure où beaucoup de théâtres modernes s’appuient sur l’usage de haut-parleurs pour améliorer leur acoustique, l’emploi d’une telle méthode de filtrage pourrait s’avérer judicieuse, comme dans le cas de représentations en plein air. L’occasion, également, de rejouer les chefs-d’œuvre du théâtre antique !
Brève proposée par Astrid Lerouxel, co-publiée avec : Spectro Sciences
Image : Théâtre d’Epidauros / Source : Wikipedia
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