Le roi d’Ithaque possède une cave prestigieuse léguée par son père Laërte qui cultivait sur son domaine 50 rangs de vignes, tous de cépages différents.
Cela nous paraît peu aujourd’hui, mais en ces temps anciens le vin n’était pas bu de la même façon que nous le buvons aujourd’hui, ni pour les mêmes raisons, et peu de paysans osaient se lancer dans la culture de cette liane envahissante. Le vin était consommé pour ses effets euphorisants ou calmants voire soporifiques, en cas d’abus. Il était toujours associé à des rites initiatiques qui se déroulaient durant de grands banquets. Le vin était réservé pour les symposions qui se tenaient généralement le soir où seuls les hommes étaient admis, comme le relate Platon dans Le Banquet. C’est l’échanson qui distribue le vin aux notables après l’avoir coupé d’eau fraîche et mélangé à des aromates, des épices du miel du thym ou… du poivre cela nous semble étrange même « sacrilège », mais le vin titrait un fort degré d’alcool et ne pouvait pas être bu pur.
Boire en compagnie permettait de cultiver l’art de la conversation, les lettrés, les notables de haut rangs, les artistes en tous genres aimaient à se retrouver durant ces soirées et souvent la conversation durait toute la nuit, les convives en profitaient pour consommer en grande quantité de la viande rôtie après avoir honoré les dieux. Il ne faut pas oublier que c’est Dionysos qui a fait cadeau de la vigne aux hommes, c’est un dieu bon, chéri des Grecs, il finira même par détrôner Hestia la déesse du foyer renvoyée à ses fourneaux par les hommes.
La vigne était cultivée en « foule » à ras du sol ou en treille quant elle s’enroulait autour des troncs des arbres en s’agrippant aux branches. J’ai vu les vignes cultivées ainsi dans les îles des Cyclades, c’est vrai que c’est loin de nos rangs si bien taillés et alignés à perte de vue.
Les lourdes grappes de raisins gorgées de soleil donnaient des vins rouges capiteux et des blancs très liquoreux et dorés. Après la récolte, elles sont écrasées aux pieds dans des fouloirs en paille tressée, le jus brut ainsi récolté et versé dans des petites cuves en terre cuites où il séjournera quelques jours seulement avant d’être versé dans des outres en peau de chèvres ou des jarres de terre cuite qui sont enduites de résine pour éviter que le vin aigrisse ce qui lui donne ce goût si particulier qui perdure encore avec le Retsina, puis il est stocké dans des grottes ou dans des caves pour y passer l’hiver. Le vin est naturel, tous les cépages sont assemblés dans une même cuvée.
Au printemps le vin est transvasé dans des amphores à long col, scellées au plâtre mélangé avec de l’huile d’olive ou du miel, ce qui en facilite le transport sur les bateaux de commerce. L’usage du tonneau est une invention gauloise et ne sera utilisé que des siècles plus tard.
Les vignes sont la propriété de vignerons notables et certains apprécient tant ce breuvage qu’ils commencent à l’élever et font des vins de garde de grande renommée et l’on spécule sur des crus réputés. Le pays légendaire des Kikones en Thrace produit le Maronéia celui la même que Maron le prêtre d’Iscaros, offrit à Ulysse et à ses compagnons, douze amphores de ce vin prestigieux qui servit à enivrer le Cyclope Polyphème. Les plus illustres comme L’Arivisios et le Phaïnos estampillé du Sphinx provenaient de Chios. Les bonnes années un métrète, (40l), de ces vins proches du nectar valaient deux paires de bœufs, prix équivalent à un château Yquem. Mais bientôt la découverte de vins venus d’Italie de Palerme et les vins du Vésuve ou le Falerne servit à la table des empereurs Romains ruineront les productions égéennes. Les Phéniciens ouvriront en Grèce, les premiers débits de boissons, « taverna », et le triomphe d’un Bacchus toujours représenté en ivrogne signe la fin de ce miracle Grec durant des siècles. Heureusement ils ont retrouvé le goût de la culture de la vigne et produisent maintenant de très bons vins ou, des « petits vins » de propriétaires bus frais l’été dans les tavernes, pour notre plus grand plaisir. Il y a en Grèce pas moins de 300 cépages différents sur 140 000 ha de vignes souvent très morcelées dont 1/3 seulement est destiné au raisin de cuve, grâce à la grande diversité de climat et de terroir elle produit une très vaste gamme de vins.
En Crète, en Thrace, à Samos, en Macédoine, l’Epire et le Péloponnèse sont les principaux producteurs.
Sources GEO.HS 2004 : G. Duchouset, La Maison d’Athènes.