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L'oracle
N'était-ce que pour un oracle (qui, contrairement à un préjugé répandu n'était pas destiné à révéler l'avenir, ce qui aurait été sacrilège puisque l'avenir appartient aux dieux) que pendant des millénaires les pèlerins se sont pressés à cet endroit et que des offrandes d'une valeur incalculable y furent faites ?
Je ne le crois pas : pour la masse superstitieuse, peut-être, mais probablement pas pour l'élite intellectuelle qui venait ici pour se ressourcer, se recréer par une alchimie intérieure, pour repartir différent et neuf, meilleur.
Parce que tout ici est alchimique
Au moins dès le 2e millénaire, on y vénérait une divinité chtonienne, c'est-à-dire souterraine, Gê, la terre, elle rendait des oracles, sa fille Thémis lui succéda. Thémis était la mère des heures, des moires que les Romains appelaient les Parques, des Nymphes...
Le lieu du culte était gardé par un monstre, un serpent géant nommé Python, d'après l'ancien nom de l'endroit Pytho.
C'est en le tuant à l'aide de son arc qu'Apollon s'appropria les lieux. |
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Le choix de l'arme
Le choix de l'arme n'est pas gratuit : c'est une flèche, élément aérien et volant qui tue une divinité souterraine et rampante.
Il est particulièrement intéressant ici de rappeler que le dieu solaire Apollon est qualifié d'Apollon Pythien, cela provient du fait qu'il a tué le serpent Python, divinité chtonienne pré-hellénique.
Or, le mot Puqo vient d'un mot archaïque, pélasgien, signifiant "pourrissant" et dont la racine est peut être commune avec le mot grec actuel Putia qui signifie "présure", donc ce qui provoque la fermentation. Ceci n'est qu'une supposition, je ne suis pas linguiste.
Donc Apollon pythien signifie littéralement "Apollon le pourrisseur" et c'est de la putréfaction du serpent tué par Apollon que la lumière divine naquit pour éclairer les hommes et leur dévoiler ce qui était caché.
Ne sommes-nous pas de plein pied dans l'alchimie ?
La légende dissimule le triomphe - ou l'union - des dieux solaires sur les dieux terrestres, triomphe rappelé tous les ans par la commémoration d'un drame sacré.
Symboliquement l'homme et le serpent sont les opposés l'un de l'autre, des complémentaires aussi et un psychanalyste a dit que le serpent est "un vertébré qui incarne la psyché inférieure, le psychisme obscur, ce qui est rare, incompréhensible, mystérieux". |
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Le serpent jaillit toujours d'une bouche d'ombre, faille ou crevasse pour cracher la mort -ou une autre vie- avant de retourner dans l'ombre, dans l'invisible.
Il est femelle et mâle, il représente le sexe et la libido.
Les Egyptiens (qui ont très tôt influencé les Grecs) pensaient que le dieu serpent qui s'appelait Atoum avait créé le monde en se masturbant : de sa semence était né le premier couple de dieux qui mirent au monde Geb et Nout, l'air et l'humidité, la terre et le ciel.
Le serpent pond des ufs qui ont la forme du cosmos...
En réalité, Apollon, le plus solaire des dieux olympiens ne "tue" pas le serpent Python, mais il le libère, il réalise ainsi l'harmonie entre des pôles opposés, pour le pèlerin, il permet aussi à la transe et à l'extase d'exister, d'être branché ainsi sur l'alliance de ce qui est en haut et de ce qui est en bas, de la lumière et de l'obscurité, du présent et du futur.
C'est ainsi que l'on acquiert un nouveau niveau de perception, une vue différente de soi, des autres et du monde
C'est sur le fronton de ce Temple qu'étaient gravées les célèbres maximes "rien de trop" et "connais toi toi-même", ainsi que la mystérieuse lettre "E" dont le sens n'a jamais été déchiffré et a d'ailleurs fait l'objet d'un essai de l'écrivain Alexakis intitulé "La langue maternelle" dont la traduction existe en français.
Mais, si mon hypothèse était exacte, le fameux "E" du temple pourrait bien être la première lettre de la fameuse devise alchimique En to pan : "tout est dans l'unité"
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Et si elle l'est, Delphes peut encore éclairer l'homme moderne, lui permettre de se ressourcer, de faire comme la nymphe qui devient papillon et ainsi, de voler
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